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Sociétés coopératives de production - 30/08/2004

Ces entreprises qui vivent comme des démocraties

Les sociétés coopératives de production sont aujourd’hui plus de 200 dans la région, regroupant 2 500 salariés. Leur principe : les salariés associés ont l’entière maîtrise de l’entreprise.

Par Amandine Place
 

Des Scop dans tous les secteurs

AGROALIMENTAIRE

• Edulcia (13), créée en 2001, dix salariés, fabrication de comprimés alimentaires et sous traitante dans la confiserie.

BATIMENT

• Triangle (13), créée en 1982, 33 salariés, domaines de la charpente bois et de la couverture.

BUREAUX D'INGENIERIE ET DE CONSEIL

• AD2I Ingénierie (13), créée en 1995, dix salariés, BET actif dans le bâtiment. Spécialités : les laboratoires, les parcs aquatiques en milieu hospitalier, la neige de culture.
• ATGTSM (13), créée en 1986, 20 salariés, activité de géomètre expert spécialisée en topographie et étude foncière.
• SEGC Topo (06), créée en 1984, 24 salariés, activité de géomètre expert spécialisée dans les études de génie civil (topographie, bathymétrie…).
• Sigec (13), créée en 2002, issue de la transformation d’une SEM en Scop, spécialisée dans la réalisation de logiciels, informatique pour les collectivités locales.

FORMATION

• Adrep (13), créée en 1989, 84 salariés, un des organismes de formation phare de la région.

INDUSTRIE

• Imcarvau (84), créée en 1947, 230 salariés, fabrication d’écrins pour la bijouterie et d’étuis pour les cosmétiques. La plus grosse Scop de la région.
• Etec (05), créée en 1999, 55 salariés, travaux publics et réseaux électriques.
• Papeteries de Gromelle (84), créée en 1983, 38 salariés, fabrication de cartons d’emballages à partir de papier recyclé, issue de la reprise d’une entreprise en difficulté.

MARITIME

• Socoma (13), créée en 1951, 26 salariés, activité d’acconage sur le Port de Marseille depuis cinquante ans.

SERVICES AUX ENTREPRISES

• Safran Technologies (13), créée en 2002, cinq salariés, jeune pousse qui développe des applications informatiques en gestion.

SANTE

• Calme (06), créée en 1981, 30 salariés, Calme signifie Centre d’action et de libération des malades ethyliques. Unique clinique coopérative de France, elle a créé une filiale équivalente (30 salariés, 43 lits) à Illiers-Combray (28).

En moins d’un an, deux “monuments” du patrimoine industriel régional, Coder (Marseille) et les Aciéries et fonderies de Provence (L’Argentière, 05) ont évité de justesse la liquidation grâce à une reprise en Scop. Seul statut juridique qui permet aux salariés d’avoir l’entière maîtrise de l’entreprise en les associant aux décisions, à la gestion et aux résultats, ces coopératives sont des sociétés commerciales à part entière, sous forme de SA ou de SARL. Les principes : les associés salariés (ou coopérateurs) détiennent au moins 51% du capital social et 65% des droits de vote ; les bénéfices sont ristournés aux salariés et alimentent des réserves qui restent propriété de la Scop ; les nouveaux salariés apportent progressivement leur part de capital à l’entreprise tandis que ceux qui partent peuvent se faire rembourser ; les votes en assemblée sont basés sur la règle “une personne, une voix” indépendamment du montant du capital détenu. A l’occasion de la parution de l’ouvrage Histoire des coopératives de production en Paca, l’Union régionale des Scop Paca-Corse (Urscop), structure d’appui et de soutien aux sociétés coopératives animée par huit personnes, a fait le point sur ces entreprises qui ont choisi de fonctionner comme des démocraties.

Plus d’un siècle de coopératives

Dans le Sud-Est, les 1ères “associations ouvrières”, ancêtres des Scop, sont nées en 1848, surtout à Marseille et Toulon. Mais il faudra attendre une cinquantaine d’années pour que l’Imprimerie nouvelle (Marseille), doyenne des Scops régionales, ne voie le jour. En 1909, les Scops des Bouches-du-Rhône créent une section départementale, suivie en 1921 d’une section régionale, avec comme priorité la formation et la “propagande” des idées. Favorable aux Scop, la loi du 13 juillet 1928 est suivie de nombreuses créations d’entreprises dans le bâtiment. Certaines municipalités socialistes, comme celle d’Henri Tasso à Marseille, les encouragent. En 1940 naît, à destination des exilés en transit dans la cité, la coopérative du Fruit mordoré, qui emploiera près de 300 personnes grâce à la vente du Croquefruit, bouchée de datte enrobée de pâte d’amandes. A la Libération, de nombreux secteurs s’ouvrent à la coopération et la section régionale rassemble alors 47 sociétés, le Congrès national des Scop sera d’ailleurs organisé à Marseille en 1950. En 1960, sous la houlette de Jacques Escudié, la section régionale des Scop étoffe ses services aux adhérents. A partir de 1974 commence le chantier de la décentralisation. Onze ans plus tard, l’Union régionale dépasse les 150 Scop et on assiste à de nouvelles poussées décentralisatrices, de sorte que chaque section régionale se retrouve responsable de son budget. En 1989, l’Union régionale monte Pargest, société de capital-risque dont le but est d’aider la reprise d’entreprises de taille significative et la constitution de groupes coopératifs (une société de caution mutuelle avait déjà été créée en 1983), à laquelle le Conseil général, le Conseil régional, la CDC, la Caisse d’épargne Pacr, la Banque française de crédit coopératif, le Crédit mutuel méditerranéen et l’Esfin Ides ont donné depuis leur appui financier. Quatre ans plus tard, c’est la crise. Sous-capitalisées, de nombreuses sociétés coopératives sont au bord de la faillite, ce qui pousse l’Union régionale à engager une campagne pour convaincre les adhérents de conforter leur assise financière en capitalisant les sommes bloquées au titre de la participation. Depuis le début des années 2000, le réseau des Scop, doté de structures d’appui, renforce ses partenariats avec les Caisse d’épargne et la CDC. Il s’ouvre aussi à de nouvelles activités “d’utilité sociale” et d’insertion professionnelle grâce aux nouveaux statuts de Société coopérative d’intérêt collectif.

214 Scop en 2003

Aujourd’hui, d’après les chiffres de l’Urscop (2003), il existe 214 Scop en Paca, qui emploient 2556 salariés, dont 1 000 dans les services. 51% des Scop de la région sont d’ailleurs des entreprises de services, contre 25% dans l’industrie et 24% dans le bâtiment.

 

  • Pour plus d’informations, lire Histoire des coopératives de production en Paca, par Laurent Lasne, édité par l’Urscop et les éditions le Tiers Livre.
Un maillage national

12 unions régionales, une confédération nationale, trois fédérations professionnelles : BTP, communication, électronique et métallurgie, 1 600 PME et TPE de 2 à 1 200 salariés (22 salariés en moyenne), 2,9 Md€ de CA, 34 000 salariés co-entrepreneurs, 25 000 € de fonds propres par salarié-associé, plus de 80% des Scop sont bénéficiaires, 150 nouvelles Scop sont créées en moyenne chaque année.