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Sommet international du capital-risque à Sophia - 13/12/2004

Le monde des investisseurs reprend confiance


Pour la 8e année consécutive, Sophia-Antipolis (06) accueillait les 2 et 3 décembre derniers l’IVCS (International Venture Capital Summit) qui rassemble quelques-uns des spécialistes mondiaux du capital-risque. L’humeur était plus optimiste qu’en 2002 et 2003. Quelques récentes levées de fonds dont celle, dans les Alpes-Maritimes, de la société biotech TxCell (10,5 M€), démontrent que les bons projets trouvent des investisseurs. Mais les entreprises ont encore des progrès à accomplir pour bâtir des “business plan” attractifs.

Par Jean-Christophe Barla
 

A force d’avoir pris trop de risques dans les années 1999-2000, au moment de la fameuse “bulle internet”, le capital-risque avait fini par privilégier ces trois dernières années la prudence. L’édition 2004 de l’IVCS allait-elle marquer un renversement de tendance ? S’il ne faut pas s’attendre à un retour des embrasements du passé, la confiance revient progressivement. Les technologies de l’information et de la communication ne sont plus regardées avec la même suspicion qu’il y a deux ans et d’autres secteurs émergent dans les biotechnologies ou l’énergie, susceptibles de générer demain des revenus potentiellement intéressants pour l’investisseur qui miserait sur le bon cheval et accepterait de se donner du temps avant de recueillir les fruits de son engagement. 32 sociétés, régionales, françaises et européennes, se sont donc succédées à la tribune de deux salles du Cica de Sophia, avec l’intention de séduire en vingt minutes ceux qui pourront les aider à atteindre les objectifs, parfois furieusement ambitieux, de leur business plan. Les prochains mois révèleront ceux qui ont franchi avec succès ce délicat exercice. Plusieurs constats s’imposent déjà…

Révolutionner un marché

La question avait été soulevée fin octobre à Marseille, lors du Carrefour européen des biotechnologies. Elle est apparue comme une douloureuse évidence pour les porteurs de projets en quête de leurs 1ers fonds : l’amorçage n’est pas une priorité des investisseurs. Les chefs d’entreprise doivent d’abord faire leurs preuves technologiquement, financièrement, commercialement et “managérialement” ! Les propos sont clairs. “Nous ne sommes pas là pour prendre des risques, sinon mieux vaut se rendre à Las Vegas, explique Jacques Vallée, DG de SBV Venture Partners, société de capital-risque basée dans la Silicon Valley. Notre ambition n’est pas non plus de créer des PME, mais les futurs Intel !” Olivier Chapel, de Sofinnova Partners, recherche aussi “des projets à potentiel mondial, des futurs leaders européens”. Comment les repérer ? Parfois l’évidence s’impose : “Un produit ne doit pas se contenter d’être mieux que l’existant. Il doit le révolutionner, comme le DVD a supplanté la cassette vidéo alors que nombre de nos magnétoscopes fonctionnent encore !”, souligne Peter Hiscocks, directeur de University of Cambridge Enterprise, au Royaume-Uni. Ce dernier se montre d’ailleurs très sévère avec la plupart des projets qui lui sont soumis. “Je regarde 15 à 20 business plans par semaine et la majorité ne valent rien !”, affirme-t-il.

Qualité du management

Que regardent donc d’abord les investisseurs ? “La qualité de la composition de l’équipe de management constitue une donnée de base. Il est indispensable de s’entourer de gens d’expérience”, admet Nicolas Vaillant, de SG Asset Management. Tous insistent sur ce point. Walter de Brouwer, pdt de Termeeren, qui a fondé en douze ans une quarantaine d’entreprises avant de devenir investisseur, évoque “la force des liens faibles” : “Si vous avez dans votre réseau 200 connaissances, elles vous seront plus utiles pour dénicher des capitaux que sept ou huit amis fidèles !”. La technologie, en revanche, contribuerait rarement à motiver un apport financier. “Les brevets sont importants, mais il faut parfois savoir garder ses secrets, confie Nigel Toon, vice-pdt d’Icera, start-up britannique qui réalise des semi-conducteurs sans usine et peut se vanter d’avoir levé à ce jour 33 M$. Il suffit à un concurrent de les contourner légèrement pour contrecarrer une avance technologique.” “Plutôt que de technologie, je veux entendre parler de marché et de clients”, insiste Peter Hiscocks qui relaie les attentes de quinze investisseurs interrogés dans le cadre d’une enquête européenne (projet Teee Inn). Pour Olivier Chapel, ce critère sert souvent à distinguer la réactivité d’une équipe : “Nous sommes à l’écoute du marché, dit-il. En France et à l’étranger. Si les dirigeants de la société ne disposent pas systématiquement de trois longueurs d’avance sur nos connaissances quand ils parlent du leur, il y a un vrai problème.

Walter de Brouwer : conseils à un entrepreneur

Walter de Brouwer a interrogé 300 entrepreneurs dans 30 pays. Son constat, plein d’humour, a été apprécié. Extraits.
Pourquoi les Européens vivent-ils la faillite comme une honte ? Elle ne doit pas être un drame, mais l’occasion de se relever et de repartir de l’avant sur autre chose.
Exploiter les gens, c’est éthique. Il ne faut pas hésiter à prendre leurs idées, à utiliser leurs réseaux, à oser dire qu’on a besoin d’eux.
L’espoir n’est pas une stratégie quand on a des problèmes.
Etre vague, silencieux : voilà bien communiquer. A la City de Londres, moins on en dit, plus on a l’air important.
Un entrepreneur est toujours endetté. Or, l’argent perdu ne se récupère jamais. Il faut toujours regarder vers le haut, en essayant de vendre ses pertes à quelqu’un.
Personne ne veut être perçu comme un business angel. Donc, les business angels n’existent pas !
Devenir riche, c’est comme conduire à Paris. C’est une attitude mentale.
Les banques sont les ennemis de l’entrepreneur. J’en ai acheté une. C’est pire que je ne l’imaginais !

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